Le Bulletin Bois de printemps – Vivre le bois
Un édifice instrument : le bâtiment au bord du lac Schwendisee crée des espaces sonores dans une construction en bois élégante et complexe. Vue depuis la régie vers l’espace centrale avec le paysage environnant.
Architecture: Marcel Meili avec Staufer & Hasler Architekten, Frauenfeld. Photo: Roland Bernath, Zurich
Perception des espaces bois
La Klanghaus, littéralement ‹maison du son›, située au bord du lac Schwendisee dans le Toggenburg, n’est ni une salle de concert ni un kiosque à musique, mais un véritable instrument accessible au public. Les qualités acoustiques du lieu ne se contentent ainsi pas d’accueillir le son, elles le génèrent, le modifient et le mettent en scène. Au sein de ce dispositif, le bois occupe une fonction centrale et intervient de multiple façons. Notamment en tant que matériau de construction qui répond aux exigences acoustiques mais également en tant que surface expressive. À l’intérieur, il constitue un revêtement décoratif qui participe à la qualité sonore des différentes salles tandis qu’à l’extérieur, une façade en bardeaux épousant les formes courbes du volume inscrit le bâtiment dans la tradition constructive alpine. La Klanghaus s’affirme alors comme un objet singulier, tant par sa conception que par sa réalisation, aboutissement de réflexions étroites entre architecture, science acoustique et structure. Le bâtiment s’impose ainsi comme une oeuvre d’art totale. La Klanghaus fait la démonstration manifeste des nombreuses caractéristiques du bois, qui enrichissent généreusement sa qualité constructive. Par sa dimension tactile, le bois invite naturellement au contact. Selon son traitement, sa surface peut se révéler rugueuse et grossière, ou au contraire lisse et soyeuse. Cette expérimentation physique immédiate, étroitement liée à ses qualités acoustiques, contribue à l’expérience sensible du lieu. Ce n’est pas un hasard si de nombreux instruments sont en bois. La matière vibre et résonne. Lorsque les sons remplissent l’espace, elle leur ajoute une profondeur particulière.
Au-delà de ses propriétés sensitives, sa présence matérielle instaure une ambiance chaleureuse et familière, qui participe à l’identité globale de l’espace, où l’architecture se déploie comme une expérience sensorielle multiple, visuelle, auditive et tactile. Le bois possède un ancrage culturel dans l’histoire de la construction que peu d’autres matériaux peuvent revendiquer avec autant de vigueur. De nombreuses traditions artisanales
se sont développées dans diverses régions du monde. Les assemblages invisibles japonais ou en les églises norvégiennes en bois debout sont deux exemples parmi tant d’autres. Tout en mobilisant des techniques contemporaines, nous nous inscrivons dans la continuité de cet héritage dont la pertinence se confirme aujourd’hui face aux enjeux de sobriété des ressources et de construction respectueuse du climat. Finalement, soulignons également que les structures porteuses peuvent être des objets créatifs caractérisant les lieux, devenant une composante spatiale incontournable.
Deux autres projets présentés brièvement ici adoptent également des caractéristiques similaires. D’une part, le projet primé du bureau danois Adept pour la transformation d’un ancien grand magasin à Brunswick, construit en 1978 par Gottfried et Elisabeth Böhm, en ‹maison de la musique›. D’autre part, le restaurant Schifflände réalisé par Fiechter & Salzmann sur les rives du Greifensee à Uster. Si leurs programmes, leurs contextes et leurs échelles diffèrent, les deux réalisations partagent une approche commune: le bois est un composant essentiel et structurant du projet architectural.
Sur la façade de la ‹maison de la musique›, des panneaux de bois courbes réinterprètent l’enveloppe extérieure d’origine du bâtiment et dessinent un nouveau langage entre respect de l’existant et une poursuite formelle de la rénovation. À l’intérieur, un escalier en colimaçon s’élève depuis le foyer et traverse plusieurs étages. Au troisième étage, une impressionnante salle de concert, tapissée d’un lambris bois, peut accueillir jusqu’à 1200 personnes.
Le restaurant Schifflände se présente en revanche comme un pavillon de plain-pied, implanté sur l’embarcadère du Greifensee. La structure porteuse en bois des six toitures individuelles, assume plusieurs fonctions. Elle façonne la perception de l’espace, protège les usagers des intempéries et relie le bâtiment à son contexte. Ici, le bois unifie l’ensemble et sert d’interface entre intérieur et extérieur pour s’inscrire dans un ensemble cohérent.
Outre la Klanghaus évoquée plus haut, vous trouverez dans cette édition du Bulletin Bois d’autres projets dans lesquels le bois s’exprime comme un élément conceptuel essentiel, influant sur l’expérience spatiale et sensitive des usagers: le restaurant au bord du lac de Cauma à Flims, les bains Hof Weissbad dans la région d’Appenzell, la grange dîmière historique à Dietikon, ainsi que deux projets en Valais, la nouvelle colonie pour enfants à Sorniot et la rénovation d’un hôtel de montagne centenaire à Ferpècle.
Nous vous souhaitons une bonne lecture,
Jutta Glanzmann
Communication technique
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