Séisme et bois
Une révision de la documentation « Bâtiments en bois parasismiques de plusieurs étages » a été éditée par Lignum en 2023. Cette révision tient compte de la mise à jour de la norme SIA 261 en 2020, qui propose, entre autres, un nouveau zonage sismique pour la Suisse. Elle intègre aussi les nombreux résultats de recherche sur les séismes et la construction en bois, qu’il convient de mettre en pratique. L’objectif de cette publication est de transmettre aux concepteurs, sous une forme pragmatique, les exigences normatives et les nouvelles avancées scientifiques.
Généralités
Le risque sismique est la confrontation d’un phénomène aléatoire (l’aléa sismique, c’est-à-dire la probabilité d’occurrence d’un séisme) de la réaction du terrain sur lequel l’ouvrage est fondé, de la configuration du bâtiment et d’enjeux (les populations, les biens matériels, les infrastructures, etc.) qui peuvent être menacés par ce phénomène.
Alors que l’aléa sismique concerne avant tout les régions de Bâle et du Valais, le risque s’étend à divers titres à l’ensemble de la Suisse. Pour prévenir le risque sismique il est nécessaire que les bâtiments soient conçus de manière adéquate. Les ondes sismiques atteignent la surface du sol et provoquent un mouvement d’oscillation du terrain. Le mouvement du sol entraîne une accélération, appelée « accélération de pointe au sol » (Peak Ground Acceleration ou PGA), qui est un indicateur de la secousse ressentie. Le mouvement du sol se propage ensuite dans la structure du bâtiment. La propagation de l’onde sismique dans une construction est un processus de transmission d’énergie qui fait vibrer le bâtiment à sa fréquence naturelle, phénomène amplifié par la résonance et dépendant des caractéristiques du sol et de la structure. Plus l’accélération est forte, plus l’énergie à dissiper par la construction est importante, ce qui peut conduire à des déformations et des ruptures des éléments structuraux. Les dégâts subis par un ouvrage dépendent de la capacité de la structure à stocker et / ou dissiper de l’énergie.
Il est donc nécessaire de comprendre le comportement d’une structure porteuse en cas de séisme. Ce dernier peut être décrit approximativement par la relation suivante :
Qualité du comportement sismique = résistance x ductilité
Ductilité et résistance
La ductilité sous sollicitation cyclique est, avec la résistance ultime, le paramètre le plus important du comportement sismique des structures. Par ductilité, on entend la capacité de déformation plastique caractérisée par des déformations irréversibles et une dissipation d’énergie. Pour obtenir un comportement sismique satisfaisant pour un séisme de référence donné, on peut choisir soit une résistance ultime élevée avec une faible ductilité, soit une résistance ultime faible avec une ductilité élevée, soit encore une résistance ultime moyenne avec une ductilité moyenne (figure 1). En cas de séisme s’écartant des conditions normatives, la configuration avec une ductilité élevée ne conduit pas à une augmentation des efforts au sein du système favorisant ainsi la robustesse de l’ouvrage.
Une structure porteuse avec une capacité de déformation plastique élevée ne nécessitant qu’une faible résistance est recommandée en cas de sollicitations sismiques déterminantes par rapport à celle du vent. La ductilité globale se rapporte aux déformations de l’ensemble de la structure porteuse (à ne pas confondre avec la ductilité locale d’une liaison). Elle sert de base à la définition du coefficient de comportement q.
Cette distinction importante peut être illustrée à l’exemple de la chaîne ductile (cf. figure 2).
Avantages du bois
En cas de séisme, le bois présente les avantages suivants :
- Les constructions en bois possèdent un très bon rapport entre leur poids propre et leur résistance. Le faible poids propre induit, indépendamment de la rigidité, des forces d’inertie plus faibles que dans les constructions en maçonnerie et en béton. En raison de leur rigidité horizontale relativement faible, les constructions en bois peuvent présenter une période de vibration fondamentale plus longue, ce qui peut entrainer des actions sismiques plus faibles en fonction de la hauteur ou de l’élancement de l’ouvrage.
- Le bois et les matériaux à base de bois présentent une résistance plus élevée pour une durée d’action courte (en cas de séisme par exemple) que pour une durée d’action plus longue. C’est pourquoi la norme SIA 265 autorise, au chiffre 2.2.6 , pour la vérification de la sécurité parasismique, une augmentation des valeurs de dimensionnement des résistances et des résistances ultimes par le facteur nt = 1,4.
- Le bois et les matériaux à base de bois présentent un amortissement élevé comparé à d’autres matériaux. La figure 3 présente pour un panneau trois plis, un amortissement nettement plus élevé par rapport à l’acier, ce qui a également été observé pour l’OSB et pour le bois massif. Cet amortissement plus élevé entraine, dans les constructions bois, une réduction de l’amplitude lors d’une oscillation forcée et, par conséquent, une réduction des actions sismiques.
Ductilité dans les constructions bois
La norme SIA 265 chiffre 4.6.2.1 stipule de manière générale que les éléments de construction en bois et en matériaux à base de bois doivent être considérés comme ayant un comportement non ductile. Si un comportement ductile de la structure porteuse est souhaité, il ne peut être obtenu que par des assemblages mécaniques appropriés.
Si le système de contreventement en bois est dimensionné selon un comportement non ductile de la structure porteuse (coefficient de comportement q = 1,5), alors tous les assemblages peuvent être conçus, dimensionnés et réalisés de manière conventionnelle (c’est-à-dire comme pour d’autres actions non accidentelles).
Si le système de contreventement est dimensionné selon un comportement ductile de la structure porteuse (coefficient de comportement q > 1,5), il convient de distinguer les assemblages qui sont conçus comme des zones ductiles (norme SIA 265 chiffre 4.6.2) des autres éléments qui restent élastiques sous l’action sismique. Seuls les assemblages qui dissipent de l’énergie en tant que zones ductiles lors de la sollicitation cyclique due à l’action sismique doivent être spécialement conçus à cet effet. Les autres éléments sont protégés par un surdimensionnement suffisant, afin que les mécanismes de dissipation d’énergie choisis soient garantis en cas de séisme.
La détermination de la ductilité d’un assemblage a lieu expérimentalement selon la norme SN EN 12512. La ductilité requise d’un assemblage doit être garantie sous une charge cyclique alternée et des déplacements limites suffisamment importants doivent être atteints.
Des assemblages en forme de tige, sollicités transversalement, peuvent être considérés comme ductiles avec le respect de certaines exigences sur les épaisseurs, les profondeurs, les espacements entre connecteurs et d’autres exigences spécifiques listées dans la SIA 265.
En pratique
Selon le résumé de la présentation conjointe de 102.2 et JPF-Ducret au Séminaire Innovation forêt-bois lors des Journées du Bois Suisse 2025
La diminution du risque sismique passe par la réalisation d’un concept parasismique qui nécessite une étude approfondie par un bureau d’études qualifié. Dans le cas de l’étude du projet de construction d’un centre de distribution à Plan-les-Ouates, le bureau d’ingénierie civile spécialisé en construction bois 102,2mètres a œuvré pour proposer une structure bois performante dans un contexte sismique sensible. En effet, le projet est en zone sismique Z1B avec beaucoup de charges de stockage, ce qui en fait un vrai défi pour la conception parasismique. En phase d'étude, le projet a évolué vers une reprise des sollicitations sismiques non pas par le noyau béton excentré mais par l’agencement en façade, d’une structure bois en treillis et le recours à un joint parasismique. En effet, ces solutions privilégient la symétrie en plan des plans de contreventement verticaux en limitant les effets de torsions et permettent de ne pas concentrer les charges sismiques sur le noyau rigide en béton. Cette solution permet également de faire travailler localement et de manière rationnelle, des zones d’assemblages ductiles de la structure bois afin de dissiper l’énergie en cas de séisme.
Pour répondre au cahier des charges, notamment aux exigences des zones ductiles des assemblages des plans de contreventement, l’entreprise adjudicataire JPF-Ducret a su convaincre et a pu mettre à profit la recherche et le développement des assemblages par tige dont elle a le brevet Ferwood(®). Ainsi, en déterminant une longueur d’ancrage optimum des tiges dans le bois, on obtient une ductilité suffisante allant jusqu’à la rupture des tiges et non du bois après allongement de ces dernières. Cette ductilité permet la dissipation de l’énergie. Des tests en laboratoire, ont permis d’adapter le concept initial par broche prévu en soumission par l’ingénieur du projet, pour réaliser des assemblages par tiges scellées tout en conservant un coefficient de comportement q à 2,5.
Conclusion
Les expérimentations comme celle de l’Institut de la construction bois, des structures et de l’architecture IHTA de la Haute école spécialisée bernoise avec un essai de destruction sur une construction en bois de douze mètres de haut et de quatre étages et l’état de la technique actuelle ont révélé les performances de la constructions bois actuelle vis-à-vis du séisme. Le bois dispose même d’un avantage certain sur les matériaux plus traditionnels tels que le béton. En effet, l’ennemi principal en situation de séisme est la masse du bâtiment. Avec une masse relativement faible, la structure d’un bâtiment bois sera soumise à des efforts nettement inférieurs à ceux subis par un bâtiment béton de même dimension.
La combinaison de l’élasticité du bois et de la plastification des assemblages permet d’absorber l’énergie sismique. Cette capacité d’absorption d’énergie sismique contribue à réduire les contraintes sur la structure, ce qui peut éviter les défaillances structurelles assurant ainsi la sécurité des utilisateurs.
Texte : Lucie Mérigeaux et Denis Pflug, service technique, Cedotec - Office romand de Lignum
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