Lignum Holzwirtschaft Schweiz

Construction de façades en bois

Bien que la grande majorité des façades bois donne pleine satisfaction, le Cedotec, office romand de Lignum, est parfois appelé à réaliser des avis techniques sur des problèmes rencontrés. En se basant sur les cas étudiés au cours des dix dernières années, nous proposons dans cet article de détailler les points clés pour une réalisation sans accrocs.

Conception générale : la bonne communication au maître d’ouvrage

Loin des défauts de conception ou de mise en œuvre, le manque d’information et de communication entre le maître d’ouvrage et l’entreprise font partie des problèmes récurrents rencontrés en cours d’expertises. 

Le bois est un matériau vivant, hygroscopique, qui évolue dans sa forme et son aspect en fonction de l’humidité ambiante et de son exposition aux UV, au gel et à la pluie. Exposée, une lame de bardage va subir un léger tuilage, une alternance de retrait et gonflement, sa surface va se marquer de gerces et sa teinte évoluer vers un gris plus ou moins prononcé. Ces phénomènes sont normaux et ne relèvent pas du défaut technique tant que la fonction du revêtement de façade n’est pas mise en péril.

L’exemple le plus courant relevant d’un manque de communication entre les intéressés est la modification de teinte dans le temps voire l’apparition de légères déformations. Ce point peut sembler évident pour le spécialiste, mais doit être expressément communiqué aux maîtres d’ouvrages. En effet, tous les bois sans finition exposés au soleil, au gel et à la pluie vont subir une usure dans le temps et présenter des variations de teintes et de légères déformations. Le client informé de manière adéquate ne sera pas surpris, et prendra le cas échéant de lui-même les mesures correctives ou d’entretien pour limiter ce phénomène. 

 

Finitions

Ajouter un traitement finition sur un bardage bois n’est pas indispensable. Cela reste néanmoins un choix crucial du point de vue du rendu architectural de la façade et il existe un grand nombre de solutions. Il faut par contre, outre l’aspect esthétique, prendre en compte la nécessité d’un entretien régulier pour garantir la stabilité du rendu dans le temps. L’intervalle des entretiens est lié à de nombreux critères :

  • la nature du support bois (raboté, brut, …)
  • la nature du produit de finition 
  • l’épaisseur de la finition (nombre de couches)
  • la couleur de la finition 
  • le caractère filmogène de la finition (transparence)
  • les détails constructifs de la façade 
  • la situation et l’orientation de la façade, 

Les entretiens peuvent ainsi se suivre tous les 1 à 2 ans (lasure mince très exposée) à plus de 10 ans (lasure moyenne faiblement exposée). 

Il faut aussi distinguer les finitions filmogènes des non-filmogènes pour jauger la nature des contraintes liées à un entretien régulier. En effet, certains produits ne nécessitent qu’une couche d’entretien sans traitement de la surface, alors que d’autres finitions doivent être appliquées sur un support décapé et poncé à chaque intervention. Il revient à l’entreprise de fournir toutes les indications précises sur la finition choisie et le type d’entretien. Les éléments relatifs à l’entretien du bois ou de sa finition éventuelle doivent aussi être présentés et discutés dans la phase initiale du projet. Le cas échéant, il sera remis au client lors de la réception un « mode d’emploi » de sa façade avec les opérations de maintenance préconisées, ainsi qu’une estimation de leurs échéances. Un contrat d’entretien peut être proposé à cette occasion.

 

 

Le label Q-VSH identifie les revêtements de façade en bois raboté finis industriellement, qui ont été testés et qui conviennent à l’utilisation prévue. Il garantit que des critères de qualité définis dans les domaines du bois, du revêtement et de l’application sont respectés tout au long de la chaîne de création de valeur.

 

 

Un cas particulier : Le pré-grisaillement

Il existe des traitements dits de pré-grisaillement qui ne nécessitent pas d’entretiens de la teinte de finition en exploitation. Ils permettent d’obtenir dès le départ une teinte uniforme dans les tons de gris, laissant le bois subir les actions des intempéries et des UV pour finalement laisser le gris naturel prendre le dessus au cours de la vie de l’ouvrage.

Il existe plusieurs produits pouvant être qualifiés de pré-grisaillement. Comme des saturateurs, lasures fines, mais aussi des procédés pour lesquels le gris initial des lames résulte d'un processus naturel d'altération, accéléré par une exposition marquée des éléments pendant la période d'élaboration du produit. 

Après la pose du revêtement, celui-ci va s'adapter progressivement à son aspect d'équilibre résultant des conditions climatiques locales, de l'exposition aux intempéries et de l'orientation. Or un bardage bois « naturel » c’est-à-dire sans film type lasure ou hydrofuge type aquastop, va soit plutôt griser soit plutôt brunir selon ces conditions. Ainsi les procédés de pré-grisaillement ne permettent pas de modifier ni de stopper ce phénomène naturel de vieillissement des surfaces de bois exposés, ni de maîtriser la « couleur » exacte de celui-ci. Il s’agit plutôt de limiter l’aspect non-uniforme jaune / gris qu’il est courant d’observer sur des bardages non traités, non pré-patinés durant les premières années d’exploitation.

 

 

Garantir la fonction

La notion de « fonction » d’une façade bois n’est pas une définition universelle. En premier lieu, le maintien des lames et la protection des couches sous-jacentes doivent être considérés comme relevant de cette der-nière. Ainsi, un léger tuilage sans défaillance des fixations ne représente pas un défaut de fonction et doit être admis dans une certaine mesure (figure 5). De même dans le cas de lames vissées en deux points, l’apparition de fentes de surface et de gerces est à prévoir en extrémité comme en pleine surface. Pour des lames de faible largeur (~135 mm), ces phénomènes seront réduits, de même des lames débitées sur quartier ou faux-quartier auront un meilleur comportement vis-à-vis de ces phénomènes. Pour des éléments de grande largeur comme des panneaux à 1 pli, très sensibles au gonflement retrait, il sera en outre primordial de respecter les recom-mandations du fabricant et de prévoir des fixations sur un seul bord et une possibilité de déplacement de l’autre (avec couvre-joint par exemple) pour ne pas créer de contraintes dans les éléments pouvant générer à leur tour des fentes traversantes voire la cassure des panneaux (figure 7).

Base du projet : qualité des bois 

Dans la plupart des cas, si le bardage est conçu de manière adéquate, notamment afin de permettre un écoulement rapide de l’eau de pluie et un séchage du bois en conséquence (la teneur en eau restant en-deçà des 20%), l’utilisation du bois comme le sapin ou l’épicéa permet d’atteindre une durabilité adéquate du revêtement. 

Des recommandations sont formulées dans les documentations techniques disponibles en Suisse quant aux essences de bois adaptées ou quant au choix des classes d’aspect et mode de débit des lames de façades (classe d’aspect normale N1/N2 ou N1/ N2+R débit sur quartier / faux-quartier). Les classes d’aspect pour lames sont définies dans l’ouvrage « Usages du commerce en Suisse », édition 2021 au chapitre 3.4. 

Le recourt à des lames de qualité réduite est envisageable pour des éléments protégés des intempéries, de faible largeur et fixées par vissage apparent par exemple, sans risques majeurs d’apparition de défaut. En cas d’exigences réduites quant à l’aspect, l’aptitude à l’emploi doit cependant être garantie (pas de tuilage excessif générant un déboitement des lames figure 6. 

Il convient alors d’autant plus de respecter les recommandations en termes de largeur des lames et de fixation (voir Compact Lignum Revêtement de façade en bois – Construction).

 

Base du projet : largeurs et fixations adaptées à la situation

Le bois en façade est exposé à des fluctuations d’humidité saisonnières. Dans les mois chauds et secs, la teneur en eau des lames se situe entre 10 et 12%, alors qu’en période humide, la teneur en eau du bois s’élève presque au point de saturation des fibres (au-delà de 20%). Ainsi des variations dimensionnelles sont à attendre (~3 mm pour une lame de 120 mm). L’espace entre les lames et/ ou leur fixation doivent être conçus de manière à absorber ces variations. On fera attention aux fixations invisibles par vissage arrière ou agrafes dans les assemblages à rainure et languette qui bloquent moins les lames qu’un vissage apparent en pleine surface. 

Ainsi, selon l’exposition effective, on sera d’autant plus attentif à mettre en œuvre des lames avec une largeur adaptée (dès 135 mm les lames sont plus sujettes au gauchissement ou à la fissuration et des largeurs supérieures à 150 mm ne sont pas recommandées) et une épaisseur entre 19 et 27 mm pour garantir un bon assèchement rapide.

 

Garantir l’assèchement des bois dans le temps

La préservation du bois est assurée par une construction et des détails adéquats. Ces principes ont pour but de limiter les fluctuations d’humidité, de prévenir l’absorption d’eau et de permettre un écoulement rapide de la pluie. On recommande à cet effet, d’utiliser des lames d’épaisseur ≤ 27 mm, et de mettre en œuvre une lame d’air ventilée d’au moins 20 mm avec des zones de prises et de sorties d’air afin d’assurer la circulation à l’arrière des lames.

 

Conclusion 

Il existe un grand nombre de solutions pour les façades en bois. La brochure A5 du Cedotec sur ce thème (Construction bois Façades – Matériau, texture, surface) permet de parcourir cette diversité. 

Il nous semble important de conseiller aux entreprises de faciliter les discussions avec leur client en proposant de réaliser un échantillon. Ce dernier devrait permettre de fixer sans ambiguïté l’essence de bois, la qualité du bois (présence de nœuds par exemple), le type de fixation, la finition de surface. Il est recommandé de proposer alors un échantillon représentatif, avec des nœuds et des fentes de surface pour que le client puisse se faire une image réaliste. Cette étape devrait être documentée pour préciser les critères prioritaires. L’idéal serait de produire un échantillon de bois vieillit et grisé mais la visite ou des photos de réalisations après quelques années d’exposition sont aussi des solutions adéquates, en particulier pour les projets d’ampleur ou de haute qualité. ■ 

Article du service technique du Cedotec Office romand de Lignum paru dans l'IDB no 03 de mars 2026 de la FRECEM. 

Texte : Lucie Mérigeaux.